Ce que l’on peut savoir du virus en démonologie

Jason Bahbak Mohaghegh, auteur de Omnicide, Mania fatality and the future-in-delirium, décrit 11 principes de la science des démons qui peuvent nous apprendre ce que c’est le virus du COVID-19. C’est écoutable sur le site de son éditeur Urbanomic:

https://www.urbanomic.com/podcast/plaguepod-bonus-principles-of-coronademonology/

Urbanomic · PlaguePod Bonus Coronademonology

Comme c’est anglais, on essaie ci-dessous d’en faire une traduction approximative (faute du texte sous les yeux).

Jason Bahbak Mohaghegh’s Omnicide offers readers a view into a unique philosophy of delirium, mania, and vitalist annihilation: the startling revelation that everything that is, should not be. Omnicide is a singular kind of taxonomy, a teratology of thought-creatures that dovetails around his chosen writers, from the revelatory self-abnegation of Forugh Farrokhzad to Sadeq Hedayat, the poète maudite of modern Iran. These and other “poets of the lost cause” come together in a compelling book that is a strange hybrid of Aristotle’s Categories, Borges’s Book of Imaginary Beings, and the Necronomicon.
—Eugene Thacker, author of Infinite Resignation and In the Dust of This Planet


  1. Les démons agissent à travers les désirs. Les démons qui sortent des lampes ou d’ailleurs apparaissent avec des invitations, des offres, ils interrogent les désirs et les envies de ceux à qui ils s’adressent. Et puis là se loge le piège. Les démons devant la psychanalyse, ils profitent du fait que les humains comprennent mal leurs propres désirs. Un démon est souvent dépeint comme menteur, traitre, mais en fait, si l’on repense bien aux histoires de démons, il est plus honnête que n’importe qui. Il propose un accord, fait signer un contrat, il en indique les termes exacts mais il parie en vérité sur l’erreur humaine qui va faire prendre la mauvaise décision à son interlocuteur. Chaque fois, les humains face au démon découvrent qu’ils ont mal choisi. Dans l’Islam, les démons sont même appelés “ceux qui donnent les choix”. Les démons ne corrompent pas, ils forcent les humains à voir la folie de leurs propres désirs.
    Le virus est démoniaque en ceci qu’il nous met face à notre propre catastrophe, l’espèce humaine ne se comprend pas, le virus révèle un gouffre sous nos pieds.
  2. Les démons choisissent leurs cibles aléatoirement, selon les circonstances, et non pas par la providence divine. C’est un honneur comme une malédiction que d’être choisi par un démon. Un démon prépare un sort spécial, une méthode particulière, chacun est enfermé d’une façon singulière.
    Le virus a des impacts très différents selon les personnes. Certains deviennent cyniques, d’autres se rendent, se désespèrent. Le virus n’agit pas telle une loi universelle, qui s’applique à tous uniformément. Son action est fractale, passe par une multiplicité d’émotions.
  3. Les démons sont souvent vampiriques, et le virus a quelque chose d’une méthode vampirique. On oublie toutefois souvent qu’à l’origine des histoires de vampire, leur morsure n’était pas douloureuse mais relevait de l’extase. Le plaisir associé à la morsure était problématique, dangereux. On oublie aussi que a présence des vampires explose quand chutent les empires, quand la paranoïa grandit. Les vampires forment une royauté alternative. Après tout, la succession des rois passe par la ligne du sang. Les vampires installent une contre filiation.
    Le virus a une influence vampirique. Tel un vampire, il nous transforme en lui-même. Il rend obsolète toutes nos identités antérieures, toutes nos perceptions politiques d’avant, il montre combien la réalité n’était peut-être qu’un château de cartes. De plus, dans toutes les périodes vampiriques, certains (peu nombreux mais qui existent quand même) choisissent l’euphorie, cherchent la morsure et trouvent joyeux de répandre la contagion.
  4. Les démons ont tous un pouvoir spécifique. Ils ne sont pas omnipotents, tout puissants comme les dieux. Certains démons lévitent, lisent les esprits, utilisent les éléments naturels. Certains séduisent.
    Le virus a des modalités très particulières. Il n’affecte pas tous les organes, lance certaines conséquences et pas d’autres. Il agit d’une certaine façon. Son pouvoir est partiel, le virus n’est pas un maître absolu du mouvement mais l’expert d’une école et d’une certaie espèce animale.
  5. Les démons sont amorphes, ils maitrisent l’art du camouflage. Les dieux ont des temples mais les démons ont des idoles. Elles sont portables, transportables, peuvent être caché et circulent ainsi facilement. Les démons suscitent la peur des petites choses, de la morsure d’une araignée à celle du serpent.
    Le caractère impercetible du virus est frappant, et il se métamorphose constamment.
  6. Les Démons nous forcent à vivre avec eux. Beaucoup parlent du Virus comme un tout ou rien : vous l’avez ou non, retour à la normale ou non, suspension ou autre chose. En fait cela recouvre diverses possibilités. Le virus peut devenir saisonnier, avoir des retours cycliques, ou provoquer des effets à long termes, sur toute la vie de ceux qu’il touche peut-être.
    Il y a cette histoire, celle d’un marocain, qui croyait avoir marié un Djinn. Il disait que la femelle djinn était entré chez lui et l’avait forcé à un mariage infini. Chaque soir il dressait la table pour elle, enfermé dans cette obligation. Le virus pourrait être en train de nous enfermer.
  7. Les Démons parfois sauvent le monde. Les sociétés païennes étaient bien plus complexes que les nôtres dans leur orchestration du bien et du mal. Dans plusieurs histoires, les démons surgissent à la fin et sauvent l’univers.
    Le démon Samael, qui régit le désert, est parfois vindicatif contre les dieux archaïques. Mais si certaines nuits, les dieux sont enfermés, il arrive parfois à les sauver. Dans le cinéma postmoderne (blade runner, matrix, etc.), la figure de l’élu revient souvent, le protagoniste est lointain et surgit pour sauver la situation. Dans une nouvelle de José Saramago, un démon surgit, il protège le royaume et le subvertit. Son action est amorale, menace ou rédemption, ou les deux à la fois. C’est toute la supériorité du mal sur le bien. Le bien ne peut jamais faire le mal s’il ne veut pas perdre sa pureté. Le mal, lui, connait le bien, et il peut faire le bien, surtout si cela convient à ses plans.
  8. Les Démons agissent souvent par des actes faux. Les Djinn aiment les échappes, les pièges, les faux espoirs. Ils accordent la liberté pour mieux enfermer ensuite. Ils jouent avec leurs proies comme les chats avec les leurs. Plus on avance, plus les démons nous piègent, sans voie de sortie.
    Le Virus nous force à agir, à tout repenser, à discuter de toutes les décisions politiques, tout en nous cachant combien nous sommes pris dans une situation en vérité sans fin. Cela le rend démoniaque par définition.
  9. Les Démons se cachent derrières les accidents. En Iran, les démons sont les premiers accusés quand un objet disparaît ou est au mauvais endroit. Henri Michaux dans “terre de magie” parle des actes manqués, des oublis comme des actes de magie qui délibérément nous perdent.
    Le Virus se masque lui-même derrière le visage de la contingence, de la chance ou de la malchance, derrière toutes sortes de choses en vérité guidées par le démon.
  10. Les Démons vous font parler à vous mêmes. Ils sont maitres des possessions, des exorcismes, et la plupart des gens enfiévrés deviennent délirants. La schizophrénie est associée au fait d’entendre des voix. Le démon joue avec la reconnaissance de ce qui est. Il force à maugréer, à murmurer, nous envahit d’une voie seconde. La voix des autres nous infiltre.
    Le virus pourrait être une voix externe? Telle une voie méconnue de nous-mêmes, et peut-être devrait-on dire “nous”?
  11. Les Démons font sortir les meilleurs talents de ceux qui content des histoires. Souvent, les Démons sont représentés devant des personnes endormies qu’ils ne laissent plus bouger. Un conteur d’histoire provoque des cauchemars. Un conteur d’histoire, causent des cauchemars.
    Les signes du démons contraignent nos pensées, les démons se nourrissent de l’âme. On dit parfois “to be pressed by the black” (être pressé par la noirceur). Les démons sont la pollution de l’univers lui-même. Ils sont les fantômes qui vivent sous l’escalier, la punition morale, ceux qui hantent et empêchent la paix du sommeil.